Hôtel des spectres familiers

« Hôtel des spectres familiers » 27 septembre – 28 février 2008 Hôtel de Viviès – Castres

« Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. » Comment ne pas se remémorer l’étrange phrase du Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux quand on pénètre dans la vieille demeure qui loge cette exposition ? Tout y respire la nostalgie tranquille des retraites provinciales. On y salue des fantômes familiers qui attendent depuis des lustres notre retour. Ces hôtes discrets émanent imperceptiblement des images qui tremblent sur les murs. Ici, c’est tout un herbier d’iris violacés. Là, une collection tourmentée de chalets alpins. Plus loin se dressent de vastes dessins où la lumière paraît s’engloutir. La troublante galerie de portraits que déroulent ces petites peintures ne recense-t-elle pas les acteurs qui ont hanté ce théâtre oublié ? À moins qu’elles ne captent en temps réel nos plus inavoués fantasmes.
Et ces grandes aquarelles, sont-ce des mirages, des souvenirs-écrans ou des confidences codées?
Au fond, le petit salon jaune recèle peut-être la clé de cette parade inquiète : à peine esquissées, les figures qui affleurent à la surface des pages semblent se tenir miraculeusement au bord de leur disparition. Ainsi des rêves comme de nos vies. Christian Bernard

Patrick NEU les iris

Photo © centre d’art le Lait

Quelle est l’idée de cette exposition ?

Christian Bernard : C’est un petit centre d’art installé dans un vieil hôtel particulier, mais qui, derrière le voile de la poussière du temps, n’a rien perdu de son charme (ni le jardin de son éclat). On ya le sentiment d’un décalage horaire. « Hôtel des spectres familiers » tente d’introduire le fantôme d’un passé improbable par le choix des Å“uvres et le biais du dispositif d’exposition. Des couleurs choisies par John M. Armleder pour les Abattoirs de Toulouse seront aussi utilisées ici, mais pour favoriser le sentiment de troublante quiétude d’un intérieur récemment abandonné.

Qu’y montrez-vous ?

Christian Bernard : Des travaux sur papier, qui sont comme des bulles d’imaginaires qui viendraient exploser à la surface du mur. Par exemple les iris de Patrick Neu rappellent les peintures de fleurs qu’on trouve dans toutes les maisons. Même idée avec les vues de chalets d’Amy O’Neill, qui sont comme ces souvenirs de vacances à la montagne qu’on peut voir dans les intérieurs de la middle-class américaine. Ou encore les aquarelles atypiques d’Yvan Salomone qui soudain focalisent sur des trophées insolites. Sans parler des petites filles ou des adolescentes malsaines qu’épingle le pinceau cruel d’Élisabeth Llach. Ou des dessins littéralement hantés d’Alain Huck…

Hôtel des spectres familiers
27 septembre – 28 février 2008
Hôtel de Viviès – Castres

Denis Savary – Né en 1981 à Granges-Marnand (Suisse), vit à Lausanne. S’il pratique un art allusif et lacunaire du dessin, c’est d’abord par l’emploi de la vidéo que Denis Savary s’est fait remarquer : ses films, souvent en plan fixe, proches de l’instantané, hésitant entre suspens, attente passive et contemplation, s’attachent à retenir des pans infra-minces et inaperçus de la réalité. Il présente à Castres un ensemble de dessins.

Yvan Salomone – Né en 1957 à Saint-Malo, où il vit. « Peinture à l’eau » : la pratique assidue de l’aquarelle, au rythme d’une par semaine, aboutit à faire de l’Å“uvre d’Yvan Salomone une longue chronique, en même temps qu’une odyssée inlassable des zones portuaires. Docks délaissés, privés de présence humaine, entre ruine et chantier, sont ainsi continûment hantés par sa vision liquide, lieux à la fois d’errance et de déshérence d’une modernité en cale sèche.

Vous avez choisi montrer les dessins de chalets d’Amy O’Neill…

Christian Bernard : Quand elle est arrivée en Europe (et en Suisse), une des premières choses qu’a faites Amy O’Neill, c’était de dessiner des chalets. Voilà une artiste qui n’a pas peur d’affronter le mythème hyper-kitsch de la Suisse, et qui pose un regard subtil sur les formes aberrantes ou les hypertrophies de la culture populaire. Mais le chalet est aussi pour elle un objet : la force du chalet, c’est son unité, une structure tout en bois, une espèce de sculpture, comme les coucous suisses. Amy O’Neill le saisit comme cela, et dans une esthétique imprégnée d’expressionnisme, qui fait corps avec la montagne. Ce ne sont pas des chalets paisibles, ils apparaissent plutôt comme le théâtre d’une catastrophe, d’un drame. Il y a donc chez elle une double opération du regard : d’un côté elle arrache le chalet à l’iconographie débilitante, elle regarde le vernaculaire comme une sculpture, et d’autre part elle le montre dans toute sa charge fictionnelle.

Amy O’Neill – Née en 1971 à Beaver en Pennsylvanie, vit à New York. Amy O’Neill puise dans la culture vernaculaire, dans le folklore kitsch, forestier ou western de l’Amérique ou de la Suisse, des motifs qu’elle charge d’une force surnaturelle et fantasmatique : « L’objet rustique s’imprègne ainsi d’un style étrangement mythique, comme si Méduse et Persée combattaient d’égal à égal. »

Elisabeth Llach
Un mot sur votre projet ou proposition artistique ?

Je travaille des séries en peinture et en dessin. Je peux ainsi travailler sur ce qui manque ou qui est incomplet dans l’image unique. Les titres génériques de mes séries traduisent ce désir de tendre, telle une collectionneuse, vers des ensembles qui s’éclairent, se précisent : « Femmes couchées », « Au pays des merveilles », « Fantasmes », «Hystéries », « Un Abus agréable »… « Ne t’inquiète pas ». C’est un ensemble de petites peintures sur papier.

Qu’est-ce que l’art vous permet d’accomplir ?

J’aime poser mon regard sur les diverses facettes de ce monde : joie, dérive, déviance, attachement, cruauté, effort, légèreté, futilité, etc. Je théâtralise, j’exagère les traits, je décolle les éléments du réel pour en extraire plus de vérité. L’ensemble des sentiments et leurs contradictions qui définissent notre monde contemporain m’intéresse.
Ce qui est complexe, c’est de ne pas pouvoir contourner ni l’histoire de l’art en général, ni l’histoire de la peinture en particulier tout en voulant déposer quelque chose dans la continuité de cette histoire, quelque chose de notre temps, de notre monde contemporain. La peinture et le dessin m’offrent une manière de rechercher de la précision.

Elisabeth Llach – Née en 1970 à Neuchâtel (Suisse), vit à Les Clées.
On sait depuis Lewis Carroll combien la perversité trouve une place « au pays des merveilles », titre d’une série de dessins d’Elisabeth Llach. Et, en effet, c’est essentiellement par le biais du dessin que cette artiste suisse, sortie en 1995 de l’Ecal, l’école d’art de Lausanne, élabore un univers de personnages, notamment féminins, « travaillés » jusque dans leurs formes apparentes par leurs fantasmes, leurs désirs, leurs déviances.

Patrick Neu – Né en 1963 à Bitche (France), vit à Enchenberg. Il y a d’abord chez Patrick Neu une grande virtuosité technique, dans ses dessins d’iris évidemment, mais encore plus dès qu’il touche au cristal : reproductions minutieuses de chefs-d’Å“uvre de la peinture ancienne au fond d’un verre, armures en cristal… Mais par-delà son geste technique, se joue une poétique du matériau, une capacité imaginaire, et l’exploration sensible des relations étroites entre le minéral et l’organique.

Alain Huck
Qu’est-ce que l’art vous permet d’accomplir ?

Je pense parfois retrouver des instants perdus qui me rendent la réalité plus supportable et que des échos leur en parviennent.

Alain Huck – Né en 1957 à Vevey (Suisse), vit à Lausanne. Même s’il s’associe parfois à d’autres médiums (vidéo, installation ou projection d’images numérisées), Alain Huck n’en demeure pas moins un adepte d’abord et avant tout du dessin, au croisement délibéré du figuratif et de l’abstraction.

centre d’art le Lait

Les Abattoirs

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Commentaires

OH !!! STUPEUR!!! L ART OFFICIEL SEMET A EXPOSER
DE LA PEINTURE REELLE??? EN TOUS CAS BRAVO A ELISABETH LLACH A P.NEU ETAMY O NEILL. GRAND MERCI D OUBLIER -ENFIN- INSTALLATIONS ET AUTRES INDIGESTIONS .STOP

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